L’exode des cerveaux Canadiens en perte de vitesse


Les milieux universitaire, scientifique et technologique gardent toutefois leur attrait auprès des chercheurs d’emploi canadiens

Points saillants

  • La proportion de recherches dans Indeed au Canada visant des emplois aux États-Unis a chuté de 36 % depuis le deuxième semestre de 2016, passant de 2,9 % à 1,9 % de toutes les recherches d’emploi au deuxième trimestre de 2019.
  • Deux facteurs peuvent expliquer ce recul : un climat moins favorable à l’immigration aux États-Unis et un rebond du marché de l’emploi au Canada, qui a fait en sorte qu’un moins grand nombre de Canadiens se tournent vers notre voisin du sud pour trouver un emploi.
  • Les États-Unis sont toujours attrayants pour une part importante des chercheurs d’emploi au pays, notamment dans les domaines universitaire, scientifique et technologique, les plus susceptibles de souffrir de l’exode des cerveaux.
  • Cet attrait des États-Unis pour certains professionnels pourrait s’expliquer par une meilleure offre, des salaires plus élevés et un traitement privilégié des visas.

En 2017, on comptait aux États-Unis un peu moins d’un million d’habitants originaires du Canada. On s’intéresse depuis toujours aux histoires de Canadiens partis vivre au pays de l’Oncle Sam, et pas seulement ceux qui y ont connu la célébrité. On s’inquiète aussi de l’exode des cerveaux, craignant de perdre nos plus brillants intellectuels au profit de notre voisin du sud.

Or, les données sur les recherches dans le site d’emploi Indeed semblent indiquer un ralentissement de cette tendance ces dernières années. La part de toutes les recherches au Canada pour un emploi aux États-Unis est passée d’environ 2,9 % à moins de 1,9 % entre le deuxième semestre de 2016 et le deuxième trimestre de 2019, soit une baisse de 36 %. On observe aussi un recul pour les clics sur les offres d’emploi aux États-Unis.

La raison du déclin de l’intérêt relatif pour les emplois aux États-Unis n’est pas claire. Le climat peu favorable à l’immigration y joue peut-être un rôle, mais la poursuite du déclin cette année, soit plus de deux ans après l’élection présidentielle de 2016, laisse entrevoir d’autres facteurs possibles. En effet, on observe un rebond du marché de l’emploi chez nous, qui pourrait inciter plus de Canadiens à chercher un emploi dans leur pays.

Mais les États-Unis conservent leur attrait auprès d’une certaine catégorie de chercheurs d’emploi canadiens : ceux des domaines universitaire, scientifique et technologique, candidats de choix à l’exode des cerveaux.

La proportion de clics sur des offres d’emploi aux États-Unis est plus élevée pour les emplois dont l’offre est plus importante et les salaires plus élevés aux États-Unis qu’au Canada. Ainsi, ces deux facteurs, l’offre et le salaire, semblent importants pour les Canadiens à la recherche d’un emploi au sud de la frontière. D’autres facteurs pourraient expliquer que l’intérêt est plus ou moins élevé selon l’offre d’emploi, par exemple le degré de difficulté d’obtention d’un visa de travail aux États-Unis.

La proportion de toutes les recherches d’emploi aux États-Unis par les chercheurs canadiens en baisse de plus d’un tiers

Des employeurs de plus de 60 pays affichent des offres d’emploi dans Indeed, et chaque pays a sa page d’accueil. Nous avons comptabilisé à compter d’août 2016 le nombre de recherches pour des emplois aux États-Unis effectuées par des personnes dont l’adresse IP se situait au Canada.

La proportion de recherches d’emploi aux États-Unis dans Indeed par des Canadiens a commencé à diminuer quelques mois après les élections américaines, soit au premier trimestre de 2017. Après un plateau en 2018, le déclin a repris cette année. La tendance était similaire en Ontario, en Colombie-Britannique, en Alberta et au Québec. La baisse des clics sur des offres d’emploi aux États-Unis concerne plusieurs secteurs, dont la santé, la technologie et la finance.

On se demande naturellement si le climat hostile à l’immigration n’a pas quelque chose à voir avec ce déclin. La part de recherches d’emploi aux États-Unis a chuté en février 2017, peu après l’investiture du président Trump, pour ensuite se stabiliser. Selon toute vraisemblance, le contexte peu favorable à l’immigration aurait découragé plus d’un chercheur d’emploi canadien. Cela dit, on ne peut conclure avec certitude que le durcissement de la politique d’immigration américaine explique aussi, même partiellement, le déclin observé cette année.

En effet, ce déclin coïncide avec un rebond du marché de l’emploi au Canada. Depuis le deuxième semestre de 2016, l’augmentation du nombre d’offres d’emploi dans Indeed a été plus forte au Canada qu’aux États-Unis, une tendance que confirment les données gouvernementales sur le marché de l’emploi des deux côtés de la frontière. Avec cette croissance de l’offre, les Canadiens ont probablement moins senti le besoin de chercher ailleurs.

Parallèlement, les différences salariales entre les deux pays n’expliquent probablement pas le déclin de la proportion de recherches d’emploi aux États-Unis. Les données sur la croissance des salaires aux États-Unis depuis 2016, comme celles de l’indice du coût de l’emploi, ont dépassé les indicateurs canadiens, comme l’indicateur salaires-comm de la Banque du Canada. 

Les emplois bien rémunérés dans l’économie du savoir américaine continuent d’attirer les Canadiens

Les clics sur les offres d’emploi aux États-Unis comptaient pour environ 1,3 % de tous les clics des chercheurs d’emploi canadiens de juillet 2018 à juin 2019, mais cette proportion était beaucoup plus élevée pour les emplois dans le domaine de l’« économie du savoir », notamment dans les milieux universitaire, scientifique et technologique.

La dernière année, 25 % des clics au Canada sur des emplois universitaires subalternes, comme ceux de professeur adjoint et boursier postdoctoral, allaient à des offres d’emploi aux États-Unis. Les clics de Canadiens sur les emplois américains comptaient pour environ 10 % de tous les clics au Canada sur des emplois de scientifique et d’ingénieur. Le pays de l’Oncle Sam exerce aussi un attrait sur les Canadiens à la recherche d’un emploi dans la finance ou d’un poste de haute direction, par exemple analyste de services bancaires d’investissement et vice-président.

L’intérêt pour le monde de la finance explique en partie l’important volume de clics sur des offres d’emploi à New York par rapport aux autres métropoles américaines au cours de la dernière année. San Francisco, la Mecque des technologies, et Seattle se classent respectivement troisième et cinquième. En général, les chercheurs d’emploi canadiens privilégient les grandes villes côtières, où les salaires sont élevés. Cependant, des villes frontalières de moindre importance exercent aussi un attrait sur les Canadiens : Detroit, voisine de Windsor (4e rang), Buffalo-Cheektowaga-Niagara Falls, dans l’État de New York (21e rang) et Bellingham, dans l’État de Washington (40e rang).

L’offre et le salaire, deux facteurs déterminants

Certains facteurs semblent expliquer l’intérêt des Canadiens pour certains postes aux États-Unis plutôt que d’autres. En premier lieu, les emplois plus courants aux États-Unis qu’au Canada obtiennent une plus grande part de clics. Les offres d’emploi pour certaines professions sont relativement rares au Canada, mais plus nombreuses aux États-Unis. Les Canadiens à la recherche de ces emplois ont donc plus de chances de trouver de l’autre côté de la frontière. Par exemple, les offres de stage, peu nombreuses au Canada, abondent aux États-Unis. Pour les dix emplois aux États-Unis récoltant le plus de clics au pays, on constate que les offres sont plus nombreuses du côté américain que du côté canadien.

En deuxième lieu, l’intérêt relatif est aussi plus important pour les emplois aux États-Unis assortis de salaires moyens assez élevés comparativement aux mêmes emplois au Canada, en particulier ceux qui sont déjà bien payés ici. Par exemple, les offres d’emploi pour des ingénieurs en apprentissage machine et les spécialistes des services de banque d’investissement, qui abondent au Canada, sont assorties de salaires nettement inférieurs à ceux offerts aux États-Unis. Ces professions étant reconnues pour être plus lucratives chez nos voisins, elles suscitent logiquement l’intérêt des chercheurs d’emploi au pays.

Certes, l’offre et le salaire sont déterminants, mais ils n’expliquent pas à eux seuls l’engouement des Canadiens pour certains emplois aux États-Unis. D’autres facteurs entrent en ligne de compte. Les procédures pour l’obtention d’un visa, par exemple, sont moins coûteuses pour les chercheurs d’emploi dans les domaines du génie et des sciences. Par ailleurs, la normalisation internationale d’examens, comme celui pour l’obtention du titre d’analyste financier agréé, facilite les mouvements transfrontaliers.  

Le recul des recherches d’emploi aux États-Unis met-il un frein à l’exode des cerveaux?

La recherche d’un emploi à l’étranger n’est qu’un des volets d’une démarche d’immigration. Cela dit, les données d’Indeed sur la recherche d’emploi se sont déjà révélées un bon indicateur en temps réel des mouvements transfrontaliers, que sont venues confirmer les données officielles sur la migration. Dans l’ensemble, le flux migratoire du Canada vers les États-Unis ne semble pas s’amplifier. La population d’origine canadienne aux États-Unis a peu varié depuis le début des années 2000, hormis une légère hausse en 2017, mais toujours 2 % sous le niveau de 2015.

La tendance correspond au déclin de la part des recherches des Canadiens pour des emplois aux États-Unis depuis le deuxième semestre de 2016, qui s’explique en partie par une augmentation de l’offre sur le marché de l’emploi canadien qui a détourné une partie des chercheurs d’emploi du marché américain. Le contexte hostile à l’immigration aux États-Unis a sans doute joué un rôle dans le recul des recherches d’emploi, mais dans une moindre mesure qu’en Inde et dans certains pays d’Amérique latine.   

Si ces données laissent entrevoir un ralentissement de l’exode des cerveaux, les États-Unis restent très populaires auprès des chercheurs d’emploi canadiens dans les milieux universitaire, scientifique, technologique et financier. Et avec l’écart des salaires de la tranche supérieure entre les États-Unis et le Canada, la tendance n’est pas près de s’inverser, au détriment des entreprises d’ici qui ont du mal à recruter des talents. Le flux migratoire des travailleurs de part et d’autre de la frontière canado-américaine reste cependant un élément important de l’intégration économique et culturelle entre les deux pays. À long terme, tous deux profiteront de la diffusion des idées et de l’innovation à la faveur d’un flux migratoire stable.

Méthodologie

Nous avons comptabilisé les recherches et les clics des chercheurs d’emploi dans Indeed au Canada pour des emplois aux États-Unis d’août 2016 à juillet 2019. Pour calculer la part des clics sur des emplois aux États-Unis par intitulé de poste, nous avons retenu seulement les offres d’emploi en anglais aux fins de comparaison entre les deux pays. Les secteurs des technologies, de la finance et de la santé sont définis en fonction des intitulés de poste. Les clics des Canadiens sur les offres d’emploi hors des régions métropolitaines statistiques désignées ne sont pas pris en compte dans le calcul de la part de clics de chaque région métropolitaine.

Nous avons analysé les facteurs à l’origine des variations des parts de clics sur des emplois aux États-Unis par intitulé en effectuant une régression du logarithme des parts de clics pour chaque intitulé par chaque part relative de l’intitulé de l’ensemble des offres d’emploi aux États-Unis en comparaison avec le Canada, et du logarithme des salaires annuels moyens offerts dans chaque pays. Chacune des variables est statistiquement significative à plus ou moins 1 % pour chaque régression, avec un R2 ajusté de 55 % à 63 %, selon les pondérations fréquentielles utilisées.

Les données sur la population d’origine canadienne aux États-Unis proviennent des microfiches de l’American Community Survey.

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