Le marché de l’emploi au Canada : retour sur 2018 et perspectives pour 2019


Le resserrement du marché du travail entraînera-t-il une hausse des salaires?

Le marché canadien du travail est bien plus restreint qu’il y a deux ans. Le recul du chômage l’an dernier s’est traduit cette année par une augmentation du nombre de postes vacants. Malgré un ralentissement de la croissance de l’emploi après le sommet de 2017, la tendance générale reste celle d’un marché de l’emploi fort, et une pénurie de main-d’œuvre pourrait venir entraver les efforts du Canada pour maintenir le rythme de la croissance de l’emploi, du moins hors des régions pétrolifères.

Dans ce contexte, on s’attend à une reprise de la croissance des salaires. La Banque du Canada, entre autres, restera à l’affût du moindre gain à ce chapitre, la rémunération étant intimement liée à la qualité de vie. L’évolution de la situation sur ce front donnera la mesure réelle du resserrement du marché du travail.

L’évolution du marché du travail s’est appuyée sur une économie favorable, mais les perspectives s’assombrissent pour 2019. Certains indicateurs économiques se sont assouplis dernièrement, l’industrie pétrolière est en crise et les marchés financiers mondiaux sont volatils depuis quelques mois. On ne peut qu’espérer un redressement rapide de la situation pour éviter qu’elle annule les progrès notables des dernières années.

1. Malgré un ralentissement en 2018, le marché de l’emploi se porte plutôt bien

L’année 2017 avait battu des records en matière de croissance de l’emploi au Canada. La tendance s’est essoufflée cette année, sans toutefois réduire à néant les progrès accomplis. De plus, l’ampleur du ralentissement varie selon l’indicateur de Statistique Canada observé.

Selon la populaire Enquête sur la population active (EPA) auprès des ménages, l’année 2018 a mis un coup de frein à la croissance de l’emploi. Alors que cette croissance atteignait 2,3 % à la fin de 2017, elle a connu un net recul dès janvier. Malgré un bond record de l’emploi en novembre, le rythme s’est ralenti à 1,2 %. À l’inverse, l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH), qui s’appuie sur les données de paie des entreprises, constate un ralentissement relativement faible du taux de croissance, qui est passé de 2,2 % en décembre 2017 à 1,8 % en septembre dernier. Une telle divergence entre les deux principaux indicateurs de l’emploi au Canada, bien qu’ils confirment tous deux un certain ralentissement, ne permet pas de dégager une tendance claire.

Or, même les chiffres plus pessimistes de l’EPA indiquent que le marché de l’emploi se porte somme toute plutôt bien. Après une baisse au début de l’année, le taux d’emploi de la population en âge de travailler, c’est-à-dire la proportion des 15 à 64 ans ayant un emploi, est revenu à son niveau record de 74,1 % en novembre, alors que ce taux avait été atteint en décembre dernier.

Logiquement, le taux de chômage suit à peu près la tendance inverse : il est tombé au plus bas depuis que les données sur l’emploi sont enregistrées de manière constante. Non seulement le chômage est en recul, mais la proportion de travailleurs en sous-emploi, c’est-à-dire qui travaillent à temps partiel, mais qui préféreraient un emploi à temps plein, a également diminué. En bref, malgré un ralentissement en 2018, le marché de l’emploi est en bonne santé dans la plupart des provinces.

2. Les employeurs ont eu plus de difficultés à embaucher en 2018

Dans un contexte économique assez favorable et avec la multiplication des départs à la retraite, les postes à pourvoir se font plus nombreux. Ils ont atteint un record de près de 550 000 au deuxième trimestre, un bond de 19 % par rapport à l’an dernier. La proportion d’offres d’emploi à temps plein s’est également élevée à 72,5 % au deuxième trimestre contre 69,9 % l’année précédente, signe que les employeurs sont en sous-effectifs.

Tous les postes vacants ne sont pas pourvus pour autant. L’Enquête sur les perspectives des entreprises – Automne 2018 de la Banque du Canada révèle que 37 % des entreprises souffrent d’un manque de main-d’œuvre minant leurs activités, une proportion inégalée depuis la crise financière de 2008. Et les emplois spécialisés ne sont pas les seuls touchés : la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante note que la pénurie de main-d’œuvre non spécialisée et semi-spécialisée freine l’expansion de nombreuses entreprises. L’évolution du marché de l’emploi en 2019 dépendra en bonne partie de la capacité des employeurs à pourvoir des postes essentiels.

3. Le resserrement du marché de l’emploi va-t-il entraîner les salaires à la hausse?

La forte hausse des salaires espérée se fait toujours attendre, ici comme ailleurs dans le monde. Malgré les données faisant état des difficultés d’embauche, l’indicateur salaires-comm de la Banque du Canada, qui fournit un indicateur uniformisé à partir de diverses mesures du salaire horaire, n’a augmenté que de 2,4 % au troisième trimestre par rapport à l’an dernier, une hausse relativement faible, semblable à celle observée de 2012 à 2014, bien que le marché se porte mieux aujourd’hui.

Il semble que ce soit une combinaison de facteurs récents et de longue date qui entrave la croissance des salaires dans le contexte d’un marché de l’emploi restreint, notamment les effets persistants de la chute des cours du pétrole et les tendances mondiales qui freinent la productivité, comme la baisse des taux d’entrée des nouvelles entreprises.

Or, aucun de ces facteurs n’exclut la possibilité d’importantes hausses salariales à l’avenir. Si la demande en main-d’œuvre reste élevée et si le chômage se maintient à un faible taux, il faudra dénouer l’impasse. L’élargissement du bassin de candidats pourrait faciliter l’embauche tout en réduisant le taux de chômage. Cela dit, les employeurs qui n’augmentent pas leur offre salariale risquent de chercher longtemps.

La Banque du Canada et les marchés financiers surveilleront de près la croissance des salaires en 2019. La Banque du Canada s’attend à une reprise et en a fait un élément important de ses prévisions. Par conséquent, toute surprise dans un sens ou dans l’autre, soit un bond ou une stagnation, pourrait influer sur les attentes en matière de politique monétaire. Soulignons par ailleurs que le contexte économique diffère d’une région à l’autre, ce qui influe sur la probabilité d’une forte hausse des salaires.

4. Le marché de l’emploi toujours en difficulté dans les provinces pétrolifères

Si les emplois sont nombreux à l’échelle du Canada, ils se font plus rares dans les provinces riches en pétrole. En effet, plusieurs indicateurs du marché de l’emploi en Alberta, en Saskatchewan et à Terre-Neuve-et-Labrador n’ont pratiquement pas augmenté depuis le ralentissement de 2015, et les taux de postes vacants s’y maintiennent sous la moyenne nationale.

Le marché de l’emploi se distingue entre les régions par les tendances opposées de la durée moyenne du chômage. Alors que les périodes de chômage dans deux provinces productrices de pétrole, l’Alberta et la Saskatchewan, étaient habituellement les plus courtes au pays, elles durent aujourd’hui en moyenne 21 semaines (calculées d’après une moyenne mobile de 12 mois), six semaines de plus qu’au milieu de 2014. En revanche, le reste du Canada a connu une baisse graduelle de près de quatre semaines pour la même période. Le tableau pancanadien du marché de l’emploi restera entaché tant qu’il n’y aura pas de réduction plus marquée des périodes de chômage, particulièrement dans les régions pétrolifères.

5. L’économie soutiendra-t-elle un marché de l’emploi vigoureux en 2019?

Bien que les données sur le marché canadien du travail ne soient pas encore inquiétantes, d’autres indicateurs économiques se sont assouplis dernièrement, notamment la croissance anémique du PIB au troisième trimestre. Combinées à la récente volatilité des marchés financiers mondiaux, ces fluctuations ont suffi à la Banque du Canada pour exprimer une certaine retenue dans ses prévisions ce mois-ci tout en maintenant son taux directeur inchangé. Depuis la crise financière, la croissance mondiale a tendance à rebondir après des périodes d’incertitude comme celle que nous connaissons actuellement. Néanmoins, la prudence reste de mise.

L’un des risques pour le marché de l’emploi canadien est que les défis actuels dans des secteurs clés comme l’extraction des ressources naturelles et l’habitation commencent à peser davantage sur l’embauche. En effet, ces deux secteurs font face à de forts vents contraires, notamment l’écart grandissant entre les cours du pétrole dans le secteur des ressources naturelles et le ralentissement des ventes de maisons et des mises en chantier. Jusqu’à présent, les salaires dans ces industries n’ont baissé que très légèrement par rapport à leurs récents sommets, mais le risque de reculs plus importants n’est pas écarté.

Le marché de l’emploi au Canada se trouve en quelque sorte à la croisée des chemins à l’aube de 2019. Une bonne amélioration des conditions en 2017, suivie de rapports de difficultés d’embauche en 2018, a créé un contexte propice à une hausse des salaires. Mais celle-ci aura-t-elle lieu? Et les conditions économiques générales qui ont stimulé le marché de l’emploi au cours des dernières années vont-elles perdurer? Ce sont là quelques-unes des questions que nous garderons à l’œil dans la prochaine année.

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