Peu d’employeurs promeuvent l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée dans les offres d’emploi en Europe.


Alors que beaucoup de salariés placent l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle au coeur de leurs préoccupations de vie et que davantage de flexibilité est aussi important pour les parents, travailler, où et quand on veut reste le privilège de très peu d’employés en Europe. Pour examiner les possibilités offertes sur le marché du travail, nous avons comparé les offres d’emploi sur Indeed dans 11 pays européens. Nous avons étudié les différences et les similitudes que l’on peut trouver en matière d’équilibre entre travail et vie privée, d’horaires flexibles et de télétravail.

Malgré des cadres légaux relativement similaires, les situations macroéconomiques (taux de chômage notamment) ainsi que les habitudes de recrutement et sur les lieux de travail diffèrent en Europe. On retrouve ces différences dans les annonces d’emploi selon les pays : un climat de travail flexible est plus courant en Autriche (9,6 % des offres totales promeuvent une certaine forme de flexibilité), ou en Allemagne (8,2 %), qu’en France (0,7 %) ou en Italie (0,4 %).

Une atmosphère de travail flexible comme avantage dans l’offre d’emploi

Les chercheurs d’emploi en Europe ont du mal à trouver des employeurs qui promeuvent dans leurs offres d’emploi l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, des horaires de travail flexibles ou la possibilité de travailler à domicile. Alors que les employés soulignent de plus en plus leur intérêt pour des modèles de travail flexibles, moins de 10 % des annonces dans l’ensemble des pays étudiés met en avant un environnement de travail flexible. L’Autriche a la part la plus élevée avec 9,9 %, suivie de l’Allemagne avec 8,3 % des offres d’emploi. Les employeurs en France (0,7 %) et en Italie (0,4 %) font le moins référence à l’équilibre travail-vie privée, aux horaires flexibles ou au télétravail dans leurs offres d’emploi.

 

Différences entre Allemagne et France : attention aux apparences

Les données de l’enquête européenne sur les conditions de travail 2015 montrent que 13 % des salariés en Allemagne sont totalement libres de déterminer leur temps de travail, tandis que 20 % d’entre eux peuvent adapter au moins une partie de leur temps de travail. En France, un nombre similaire de travailleurs sont totalement libres de choisir leur horaire de travail (14%) et 24% ont au moins une certaine marge de manœuvre. Le télétravail est beaucoup moins fréquent que les horaires de travail flexibles. En France, plus de deux fois plus de salariés travaillent au moins plusieurs fois par mois à domicile (femmes : 19,3 %, hommes : 16,6 %) qu’en Allemagne (femmes : 6,9 %, hommes : 8,3 %).  

Les données Indeed montrent donc que les employeurs mettent rarement en avant la flexibilité dans leurs offres d’emploi, et ce bien qu’elle constitue un avantage pour les salariés, certains d’entre eux en bénéficiant sur leur lieu de travail. On peut se demander s’il s’agit d’une stratégie, de peur que la mention de la flexibilité n’attire des candidats moins motivés ou moins qualifiés, ou si les salariés n’abordent pas spontanément ce point lors des processus de recrutement. Il est également concevable que du point de vue de l’employeur et des « manageurs », la flexibilité ne sont pas un avantage, en ce qu’elle peut compliquer les tâches d’encadrement. La culture de la flexibilité telle qu’on la connaît dans la Silicon Valley, n’est donc pas encore enracinée en Europe, en particulier dans les entreprises traditionnelles. En outre, il ne faut pas oublier que pour certaines professions et certains secteurs, il n’existe aucune possibilité d’horaires flexibles ou de travail à domicile, car ils sont liés aux horaires fixes d’ouverture des magasins, au travail par roulement ou à la disponibilité 24 heures sur 24, comme dans le secteur hospitalier.

La macroéconomie fournit d’autres pistes d’explication possibles au sujet du faible nombre d’offres « flexibles » d’une part, et des différences entre la France et l’Allemagne d’autre part. Les marchés du travail allemand et français sont dans des situations très différentes. Le taux de chômage en Allemagne est très bas et on observe même une pénurie de main-d’œuvre dans un certain nombre de régions, d’industries et de postes. Par conséquent, les employeurs sont se livrent une concurrence acharnée pour attirer les travailleurs disponibles. Des avantages tels que l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, des horaires de travail flexibles ou encore le télétravail rendent une entreprise plus attrayante pour les candidats. A l’inverse, la France est confrontée à un taux de chômage beaucoup plus élevé, en particulier chez les jeunes adultes. Ce sont alors les salariés qui se font concurrence pour un emploi donné.

Le temps partiel comme substitut à la flexibilité ?

Dans nos analyses, nous nous sommes concentrés sur les offres d’emploi en général. L’aménagement du temps de travail hebdomadaire offre une autre possibilité d’atteindre un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, un expédient qui est particulièrement utilisé par les mères. Les données d’Eurostat montrent que le temps de travail hebdomadaire moyen diffère peu selon les pays en Europe. En revanche, il existe de très grandes différences dans la part de l’emploi à temps partiel : les Pays-Bas, la Suisse et l’Allemagne figurent parmi les pays européens où la proportion d’emplois à temps partiel est la plus élevée, au dessus de 25 % de l’emploi total. La France se situe à peu près à la moyenne de l’UE, avec 18,2 % de l’ensemble des emplois qui sont à temps partiel. Cela conduit à penser que les pays où les employeurs sont le plus ouverts sur la flexibilité sont aussi ceux où le temps partiel est le plus répandu : c’est le cas de l’Allemagne. En France, le temps partiel, relativement répandu, peut à l’inverse être vu comme une conséquence de l’absence d’offres d’emploi offrant de la flexibilité horaire ou du télétravail.  

Conclusion

En somme, les options en phase avec les évolutions du travail sous l’effet de la numérisation que sont le télétravail ou les horaires flexibles sont pour l’instant plutôt négligées par les entreprises dans leurs offres d’emploi. C’est particulièrement le cas en France, où la loi « Travail » prévoit des dispositions pour favoriser le télétravail, alors que dans d’autres pays comme l’Allemagne les employeurs se saisissent davantage du sujet. En attendant, le temps partiel semble un pis-aller.


Méthodologie

Les données Indeed sont disponibles pour plus de 60 pays. Nos analyses se concentrent sur les offres d’emploi début mai 2018 dans les 11 pays suivants : Autriche, Belgique, France, Allemagne, Italie, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Espagne, Royaume-Uni et Suisse. Les offres d’emploi dites « flexibles » doivent contenir au moins un terme associé à l’équilibre vie personnelle vie professionnelle, aux horaires flexibles ou au télétravail. Pour chaque pays, nous incluons ces termes dans la ou les langue(s) nationale(s) ainsi qu’en anglais.

Retour en haut de page

S'inscrire à Indeed Hiring Lab France

Suivre nos actualités