Dynamique de l’emploi et secteurs d’excellence en France : un autre regard sur les pôles de compétitivité


Alors que la reprise économique paraît désormais confirmée et que la France s’approche des 2% de croissance annuelle, l’emploi évolue en ordre dispersé dans les différentes régions françaises. Des variations qui s’expliquent à la fois par des particularités locales mais aussi des différences dans la composition sectorielle du tissu productif. D’où l’occasion de passer en revue quelques secteurs d’excellence de l’économie française à travers les pôles de compétitivité et faire un point sur leur implantation géographique. Car si les pôles de compétitivité ont prouvé leur efficacité pour inciter les entreprises à innover, leur effet sur l’emploi restent très incertains.

Les métropoles à l’origine des inégalités régionales ?

En France, on aime opposer Paris et la province. La région parisienne est la première zone économique de l’Union européenne et son poids par rapport aux autres régions françaises est si écrasant que les enjeux de décentralisation et de déconcentration sont au cœur de nombreuses politiques publiques depuis plus de trente ans. Elle est logiquement la première région française en termes d’emplois.

L’Ile-de-France réalise plus de 30 % du PIB français pour environ 18 % de la population. Cet surreprésentation économique de la région parisienne se retrouve dans le nombre d’offres postées sur Indeed.fr : plus de 32 % sont répertoriées en Ile-de-France. Depuis 2005, l’emploi salarié marchand a crû de 6,4 % dans la région d’après l’INSEE, soit deux fois plus que la moyenne nationale.

D’autres régions affichent un emploi dynamique, notamment le Sud (Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Nouvelle-Aquitaine) et l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire). Toutes ces régions ont un taux de croissance de l’emploi entre 2005 et 2017 supérieur à la moyenne nationale de 3,2 %. En revanche, les régions limitrophes de l’Ile-de-France (Centre-Val de Loire, Normandie, Hauts-de-France, Grand Est, Bourgogne-Franche-Comté) détruisent des emplois à un rythme élevé : -3,5 % pour les Hauts-de-France à -6,9 % dans le Grand Est par exemple. Dans ces deux régions, l’importance de l’automobile, du textile, des industries extractives, explique une reconversion difficile et donc ces chiffres négatifs. Mis à part Lille et Strasbourg, ces régions possèdent en outre peu de métropoles importantes capables de rivaliser avec Paris.

De surcroît, une étude récente de France Stratégie souligne qu’une métropole et sa région ne partagent pas toujours le même destin lorsqu’il s’agit d’emploi. Lyon, Aix-Marseille, Nantes et Rennes, ainsi que leur région respective, connaissent une croissance de l’emploi. Dans le cas de Strasbourg et Grenoble en revanche, les territoires environnants connaissent une croissance plus favorable que la métropole. Lille, Montpellier et Toulouse ne partagent pas leur dynamique positive avec les territoires environnants. Enfin, dans le cas de Nice, ni la métropole ni les territoires environnants ne connaissent une dynamique favorable, en dépit des bons chiffres globaux au niveau régional. Des conclusions qui tendent à relativiser l’opposition systématique faite entre les métropoles et les territoires.

Comme les régions dans lesquelles ils sont implantés, les secteurs d’activité connaissent des fortunes diverses sur le front de l’emploi.

Compétitivité des territoires vs. inégalités régionales

L’emploi régional est fortement affecté par la composition sectorielle du tissu productif local. Beaucoup de secteurs n’ont pas retrouvé le niveau d’emploi qu’ils avaient en 2005. De grandes disparités existent entre notamment les secteurs pour lesquels la France bénéficie d’un fort avantage compétitif et les autres.

Ancrer les performances sectorielles dans l’économie locale et créer des emplois est d’ailleurs l’objectif des pôles de compétitivité, créés en 2005. Six pôles « de classe mondiale » ont été labellisés qui couvrent trois secteurs clés : aérospatiale, industries de la santé et numérique et nanotechnologies. Les conclusions des différents audits menés sur les pôles de compétitivité souligne le faible impact sur l’emploi de la politique des pôles. Dans la plupart des cas, les spécialisations régionales se retrouvent très clairement dans les annonces postées sur Indeed.fr, mais dans l’ensemble les salaires dans les secteurs en question ne s’écartent pas de la moyenne nationale corrigée par les écarts de niveau de vie entre les différentes régions.

 

Les descriptions sectorielles qui suivent se focalisent donc sur les secteurs pour lesquels la France possèdes des pôles de compétitivité de classe mondiale.

Aérospatiale et défense : un secteur solide, présent dans plusieurs régions

L’aérospatiale et la défense sont un secteur non seulement stratégique mais pour lequel la France dispose d’un fort avantage comparatif dans le commerce international. Le secteur constitue la plupart des exportations françaises. Sur la période 2005-2015, les exportations nettes de la France en matériel de transport hors automobile s’élevaient à 22 Mds€, un chiffre à comparer avec la balance commerciale, déficitaire de 33 Mds€. 

D’après le Gifas, la plupart de l’emploi du secteur se situe en Occitanie (28 %) et en Ile-de-France (28 %) et dans une moindre mesure dans les régions Nouvelle-Aquitaine (13 %) et PACA (9 %). Sur Indeed.fr, 31 % des annonces dans le secteur de l’aérospatiale se situe en Occitanie et 28 % en Ile-de-France. L’Occitanie est la région métropolitaine pour laquelle la croissance de l’emploi depuis 2005 a été la plus élevée (+10,4 %). L’image de la région est fortement associée à l’Aerospace Vallée, pôle de compétitivité de classe mondiale qui regroupe autour d’Airbus, dont le siège social est à Toulouse, beaucoup de PME et ETI sous-traitants.

D’autres pôles secondaires se spécialisent dans l’aéronautique. C’est le cas d’ASTech en Ile-de-France ou de SAFE en PACA, auxquels il faudrait ajouter les implantations des usines Dassault en Nouvelle-Aquitaine.

Industries de santé : une diversité de savoir faires reconnus

Parallèlement à l’avantage tiré d’une couverture santé universelle, la France dispose de deux pôles de compétitivité de classe mondiale dans les industries de santé : Medicen en Ile-de-France, spécialisé en immunologie, médecine régénérative, diagnostic et biomatériaux, et Lyonbiopôle en Auvergne-Rhône-Alpes, spécialisé en virologie, dispositifs et diagnostics médicaux. Le pôle Medicen et la région Ile-de-France représentent près de 60 % des offres d’emploi dans leur secteur sur Indeed.fr, ce qui en fait le pôle le plus attractif des pôles à vocation mondiale français. Le secteur de la santé est par ailleurs celui qui affiche les plus hauts niveaux de salaire moyen parmi ceux étudiés.

Le secteur est également fortement exportateur : 5 Mds€ d’exportations nettes sur 2005-2015 (et 9 Mds€ pour l’industrie chimique, qui lui est souvent associée). Pour autant, la compétitivité française dans les dispositifs médicaux et les biotechnologies souffre parfois de la comparaison avec les Etats-Unis ou d’autres grands acteurs européens comme l’Allemagne comme le soulignait déjà un rapport de l’Institut Montaigne.

Numérique et nanotechnologies : un secteur à la mode mais où la concurrence internationale est forte

Bien que disposant de trois pôles de classe mondiale  (SCS en PACA, Systematic en Ile-de-France et et Minalogic en Auvergne-Rhône-Alpes), la France n’a pas réellement d’avantage comparatif dans le domaine. Le pays est un gros importateur de matériel informatique, électronique et optique (14 Mds€ par an en moyenne depuis 2005), et manque d’acteurs de taille dans le secteur où la concurrence internationale est intense. Pour autant les secteurs de la R&D scientifique et les activités spécialisées, scientifiques et technique ont un rythme de création d’emploi annuel supérieur à 10 %. Ce chiffre s’explique sans doute par les besoins croissants des entreprises en expertise technique, couplés à une tendance à l’externalisation.

Conclusion

Si les pôles de compétitivité ont permis de favoriser les projets de recherche et développement entre entreprises, centres de recherche et universités, leur effet sur l’emploi reste donc à démontrer. L’implantation dans une région d’un pôle de classe mondiale reste toutefois synonyme de bonne performance en termes d’emploi. Quoi qu’il en soit, les pôles sont désormais fortement implantés dans les territoires et sont bien souvent un marqueur identitaire de l’économie régionale.

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