À retenir :
- En avril 2026, les offres d’emploi des plus grandes entreprises européennes de défense restaient 65 % au-dessus de leur moyenne de 2021, alors que le marché de l’emploi dans son ensemble se situait 15 % en dessous de son niveau de 2021.
- La France concentre un tiers des offres publiées, confirmant son rang de premier marché pour le recrutement des grands groupes de défense.
- Les entreprises de défense recherchent à la fois des profils techniques pour la production et des spécialistes en informatique ainsi qu’en ingénierie.
- Depuis le début de la guerre en Ukraine, les métiers de la défense attirent un nombre croissant de candidats à travers l’Europe, Français en tête.
Dans un contexte de fortes tensions géopolitiques, les gouvernements européens ont sensiblement augmenté leurs dépenses de défense ces dernières années. Dans l’Union européenne, la part du PIB consacrée à la défense est passée de 1,6 % en 2023 à 2,1 % en 2025 – première année où tous les membres de l’OTAN au sein de l’UE franchissent le seuil des 2 %. La France, pour sa part, s’est dotée d’un budget de 57,1 milliards d’euros pour la mission « Défense » en 2026 : les dépenses devraient atteindre 2,25 % du PIB cette année. À plus long terme, les alliés de l’OTAN se sont engagés à consacrer au moins 3,5 % de leur PIB par an d’ici 2035. Dans ce contexte, le poids économique de l’industrie de la défense s’est nettement renforcé. Une mise à jour d’une précédente analyse du Hiring Lab sur les offres d’emploi des plus grandes entreprises européennes du secteur montre que ces dernières continuent de recruter activement : en avril 2026, le volume d’offres d’emploi était ainsi environ 65 % supérieur à son niveau de 2021.
Les opportunités d’emploi dans la défense restent élevées en Europe
Les offres d’emploi publiées sur Indeed par les plus grandes entreprises européennes de défense sont restées à un niveau élevé ces dernières années. À partir de 2022, leur évolution s’est nettement distinguée de celle du marché de l’emploi dans son ensemble, pour atteindre jusqu’à deux fois le niveau observé en 2021, pris ici comme point de référence d’avant-guerre en Ukraine. Après le pic de 2022, le volume des offres a reflué en 2023-2024, tout en se maintenant durablement au-dessus de ce niveau de référence, généralement entre +25 % et +45 %. Au début de 2026, la dynamique restait encore en retrait par rapport à l’année précédente, mais le printemps a marqué une nette reprise. En avril 2026, dans un contexte de flambée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, le volume d’offres dépasse de 65 % son niveau de 2021 et progresse de 14 % sur un an. À l’inverse, le marché global continuait de se contracter, avec un niveau inférieur de 15 % à celui de 2021 et en baisse de 12 % par rapport à avril 2025.

La France concentre la plus grande part des offres d’emploi du secteur de la défense en Europe (33 % en moyenne entre janvier et avril 2026). Cette part a toutefois reculé régulièrement ces dernières années (elle s’élevait à 55 % en 2020), au profit d’autres pays comme l’Italie (1 % en 2020, puis 13 % entre janvier et avril 2026). L’Allemagne et le Royaume-Uni ont, quant à eux, représenté chacun une proportion relativement stable de 20 % des offres européennes sur l’ensemble de la période observée.
Les entreprises de défense recherchent des profils techniques, à la croisée de l’industrie et de la technologie
La composition des offres d’emploi par catégorie de métiers reflète les besoins d’entreprises industrielles à fort contenu technologique. Entre janvier et avril 2026, les métiers de la production, de la technique et de la mécanique représentaient 14,6 % des offres, soit la même part que le développement logiciel (14,7 %). L’ingénierie suivait avec 11,5 %.
Cette répartition illustre bien la nature des profils recherchés : des opérateurs et techniciens de production, mais aussi des spécialistes du logiciel, de l’électronique ou des systèmes. Les frontières entre ingénierie et informatique sont d’ailleurs souvent poreuses, en particulier dans les domaines où se rencontrent matériel et logiciel. Des postes comme ingénieur systèmes ou architecte systèmes requièrent ainsi fréquemment une formation en ingénierie ou en informatique.

Les emplois liés à la défense suscitent un intérêt croissant de la part des chercheurs d’emploi français
La hausse des recrutements dans la défense s’est accompagnée d’un intérêt accru des chercheurs d’emploi, notamment après le début de la guerre en Ukraine. Parmi les pays observés, la France se distingue nettement : elle enregistre la part de recherches la plus élevée pour les entreprises de défense et les termes associés, atteignant plus de 0,14 % des recherches effectuées sur Indeed France en avril 2026. L’Allemagne suit avec 0,07 %, tandis que l’Italie, ayant connu une hausse significative depuis deux ans, atteint 0,06 %. L’intérêt des candidats britanniques est resté stable pendant cette période (0,03 % en avril 2026).
À l’échelle européenne, la France reste donc le marché où l’intérêt des chercheurs d’emploi pour la défense est aujourd’hui le plus marqué. Une particularité qui reflète aussi la renommée de l’armée au sein de la population, dont 85 % déclarent avoir une opinion favorable (contre 76 % à l’échelle européenne). Ces différences entre les pays montrent que l’attractivité du secteur se construit sur le long terme – portée par l’histoire nationale, la culture militaire et le rapport au service public.

La recherche d’emploi sur Indeed permet au candidat d’associer plusieurs mots-clés pour préciser le poste recherché. L’analyse des termes recherchés en association avec les mots-clés liés à la défense met en évidence l’étendue des profils attirés par le secteur : la dominance des requêtes mentionnant les mots « alternance » ou « stage » suggère un intérêt marqué de la part des personnes en début de carrière, signe que la filière est identifiée comme porteuse d’opportunités professionnelles. Les recherches montrent aussi que l’intérêt ne se limite pas aux métiers techniques et industriels, mais s’étend également à la cybersécurité ainsi qu’à des fonctions opérationnelles et de support. Enfin, l’apparition de noms de villes (Cherbourg, Toulouse, Lorient) reflète l’ancrage territorial de cette industrie et l’attention portée par les candidats aux bassins d’emploi où elle est implantée.

Conclusion
Alors que les marchés de l’emploi européens ne cessent de ralentir, le volume d’offres d’emploi des grands groupes de défense se décorrèle de la tendance générale et connaît une nette augmentation depuis ce printemps. Cette dynamique, qui coïncide avec la guerre au Moyen-Orient, est néanmoins portée par des besoins structurels en Europe : le secteur cherche à renforcer durablement ses capacités de production et de défense. Les recrutements portent notamment sur des profils déjà rares, dans un contexte où les contraintes de sécurité peuvent encore restreindre le vivier disponible. Bien que la défense reste un secteur de taille limitée à l’échelle de l’économie, elle regroupait plus de 630 000 emplois en Europe en 2024, en hausse de 20,2 % par rapport à 2021, selon la fédération européenne du secteur. Cette dynamique suggère que la défense pourrait prendre une place croissante dans le marché de l’emploi européen dans les années à venir.
Méthodologie
Cette analyse inclut les offres d’emploi de 25 des plus grandes entreprises européennes de défense figurant dans le classement SIPRI des 100 premiers groupes mondiaux (deux entreprises européennes n’étaient pas couvertes : JSC Ukrainian Defence Industry et Czechoslovak Group). Les données couvrent l’ensemble des pays de l’UE, plus la Suisse et les membres européens de l’OTAN, pour lesquels un site Indeed existe. Pour la majorité des entreprises, les offres ont été identifiées à l’aide de la taxonomie propriétaire d’Indeed. Pour quelques filiales où les ventes d’armes représentent moins de 20 % du chiffre d’affaires (Thyssenkrupp Marine Systems, Safran Electronics & Defense, Airbus Defence and Space), les offres ont été extraites par une méthode fondée sur des mots-clés.
L’indicateur retenu pour mesurer l’intérêt des chercheurs d’emploi pour l’industrie de défense est la part des recherches effectuées sur Indeed contenant soit le nom des entreprises de notre échantillon, soit des variantes des termes « industrie/secteur/entreprise de défense, d’armement ou d’armes », en allemand, anglais, français, italien et néerlandais.
Échantillon d’entreprises : Airbus, Atomic Weapons Establishment, Babcock International, BAE Systems, CEA, Dassault Aviation, Diehl, Fincantieri, Hensoldt, KNDS, Kongsberg, Leonardo, MBDA, Melrose Industries, Naval Group, Navantia, PGZ, QinetiQ, Rheinmetall, Rolls-Royce, Saab, Safran, Serco Group, Thales, ThyssenKrupp.