Points à retenir:

  • Le recul du nombre d’offres d’emploi se confirme, revenant désormais à leur niveau de février 2020, juste avant la crise sanitaire. Depuis leur pic en décembre 2022, leur volume a été divisé par deux.
  • Dans ce contexte de contraction globale du marché, les offres mentionnant l’intelligence artificielle suivent une trajectoire inverse : elles progressent, se décorrélant de la tendance générale. Le taux en France reste cependant nettement en retrait par rapport aux autres pays.
  • La part des annonces contenant des termes liés à l’IA atteint 21 % dans le développement informatique, 15 % dans l’administration des systèmes et réseaux et 12 % dans la banque-finance.
  • L’usage de l’IA varie fortement selon les générations : la génération Z est la plus utilisatrice, avec des usages diversifiés, tandis que les baby-boomers y ont recours plus ponctuellement, principalement pour des tâches administratives.
  • Les écarts générationnels dans l’utilisation de l’IA sont plus prononcés pour les tâches cognitives et créatives – davantage répandues chez les jeunes générations – que pour les tâches routinières, où les usages tendent à se rapprocher entre classes d’âge.

L’économie française évolue dans un climat d’incertitude persistante. Après une année 2025 déjà marquée par des turbulences économiques et politiques, le conflit actuel au Moyen-Orient pèse désormais sur la conjoncture française : l’OCDE a révisé sa prévision de croissance pour l’année 2026 à 0,8 %, contre 1 % encore attendu en décembre 2025. Selon l’INSEE, l’inflation pourrait atteindre 2 % au printemps, affaiblissant le pouvoir d’achat des ménages qui n’avait pas encore récupéré son niveau d’avant la période inflationniste 2022-2023. Les prix de l’énergie érodent la confiance des entreprises déjà fragilisée, tandis que l’incertitude, longtemps perçue comme transitoire, s’installe comme la nouvelle norme, freinant les décisions d’investissement et les projets d’embauche. Par conséquent, la création d’emploi ne suit pas la croissance de la population active et le chômage repart à la hausse.

Dans ce contexte, l’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un enjeu de taille pour l’économie française. Si ses effets macroéconomiques restent encore largement incertains, la contribution de l’IA à la croissance française devrait être limitée à +0,1 point en 2025 selon l’INSEE, loin derrière les États-Unis, l’essentiel des gains potentiels dépendant moins de la technologie elle-même que de la diffusion effective. Autrement dit, la capacité des entreprises à intégrer l’intelligence artificielle dans leurs processus et celle des salariés à s’en saisir dans leurs pratiques quotidiennes deviennent déterminantes. À ce titre, l’adoption de l’IA apparaît comme le principal levier de transformation, dont les modalités concrètes dépendent à la fois des entreprises et des salariés : si les employeurs jouent un rôle décisif dans la création d’un environnement favorable à l’utilisation de l’IA, ce sont in fine les usages et les perceptions des salariés qui façonnent la vitesse et la nature de son expansion dans l’économie réelle. Les données de l’Indeed Workforce Insights Survey offrent un éclairage sur ces dynamiques en France et révèlent des différences marquées selon les générations.

Moins d’offres, plus d’IA

Les offres d’emploi sont désormais passées sous le niveau de référence de février 2020, un seuil symbolique qui marque l’achèvement du processus de normalisation post-pandémie. Après l’effondrement initial durant la crise sanitaire et la forte hausse qui a suivi, le nombre d’offres d’emploi a progressivement diminué. Depuis le pic atteint en décembre 2022, le volume de celles-ci a reculé d’environ 50 %.

Diagramme linéaire intitulé « Le volume d’offres d’emploi en France passe sous son niveau pré-pandémie »montrant l’évolution du volume d’offres sur Indeed par pays de février 2020 à mars 2026.
Diagramme linéaire intitulé « Le volume d’offres d’emploi en France passe sous son niveau pré-pandémie »montrant l’évolution du volume d’offres sur Indeed par pays de février 2020 à mars 2026.

Les offres d’emploi mentionnant l’IA progressent dans l’ensemble des pays, avec une augmentation plus marquée depuis 2024. Le Royaume-Uni se distingue nettement, avec 7,5 % des offres faisant référence à l’IA en février 2026, devant les États-Unis (4,9 %) et l’Allemagne (4,1 %). La France est le pays où la proportion d’offres d’emploi mentionnant l’IA est la plus faible (3,4 %).

Diagramme linéaire intitulé « L’IA s’invite partout dans les offres d’emploi : la France reste à la traîne »montrant la part des offres d’emploi contenant des termes liés à l’IA en Allemagne, aux Etats-Unis, en France, en Italie et au Royaume-Uni.
Diagramme linéaire intitulé « L’IA s’invite partout dans les offres d’emploi : la France reste à la traîne »montrant la part des offres d’emploi contenant des termes liés à l’IA en Allemagne, aux Etats-Unis, en France, en Italie et au Royaume-Uni.

L’IA est généralement plus utilisée dans les grandes entreprises, un constat valable tant en France qu’à l’international. L’adoption de l’IA varie selon les secteurs, avec une forte affinité dans le numérique, où 42 % des entreprises utilisaient déjà au moins une technologie d’IA en 2024. Dans le développement informatique, environ une offre sur cinq mentionne désormais l’IA (21 %), contre 15,4 % dans l’administration systèmes et réseaux et 12,4 % dans la banque et la finance.

La progression est particulièrement marquée dans les métiers de la tech (+ 6 à + 8 points en un an), mais elle est également visible dans des fonctions plus transversales, comme le marketing, la gestion de projet ou les ressources humaines. L’intelligence artificielle s’invite désormais dans les offres d’emploi des métiers dits « cols blancs », qu’il s’agisse du processus de recrutement, des compétences requises ou de la description des tâches quotidiennes.

Tableau intitulé « L’IA gagne du terrain dans les offres d’emploi des cols blancs»montrant les 10 catégories avec les parts les plus importantes d’offres faisant référence à l’IA.
Tableau intitulé « L’IA gagne du terrain dans les offres d’emploi des cols blancs»montrant les 10 catégories avec les parts les plus importantes d’offres faisant référence à l’IA.

Les plus grands utilisateurs sont aussi les plus inquiets

Les jeunes actifs adoptent l’IA deux fois plus que leurs aînés au quotidien : parmi la génération Z, 14 % des répondants utilisent l’IA au travail tous les jours, un taux deux fois plus élevé que celui de la génération X et plus de deux fois supérieur à celui des baby-boomers. Près de la moitié de la génération Z (45 %) et un tiers des Millennials (35 %) utilisent l’IA au moins une fois par semaine, contre seulement un quart de la génération X et des baby-boomers. À l’inverse, autour de 60 % des répondants de la génération X et des boomers déclarent n’avoir jamais travaillé avec des outils d’IA, une proportion presque deux fois plus élevée que chez la Gen Z. Ces constats rejoignent les données de l’Insee, qui montrent que l’usage de l’IA baisse avec l’âge des individus.

Graphique en barres intitulé « La Gen Z utilise l’IA plus fréquemment que les autres générations »indiquant la part des répondants utilisant des outils d’intelligence artificielle quotidiennement, une à plusieurs fois par semaine, plusieurs fois par mois ou moins, ou jamais.
Graphique en barres intitulé « La Gen Z utilise l’IA plus fréquemment que les autres générations »indiquant la part des répondants utilisant des outils d’intelligence artificielle quotidiennement, une à plusieurs fois par semaine, plusieurs fois par mois ou moins, ou jamais.

Au-delà de la fréquence d’utilisation, les usages de l’IA varient fortement selon les générations. Les champs d’application les plus répandus à travers les âges sont la création de contenu et les tâches administratives. L’écart générationnel est particulièrement marqué pour ces dernières : alors que près de la moitié des baby-boomers déclarent faire appel à l’IA pour des tâches administratives, seulement un peu plus d’un tiers des autres générations font de même. Concernant les autres usages, on constate que l’écart est généralement important pour les tâches cognitives et créatives, plus populaires chez la génération Z et les Millennials, avec des écarts de l’ordre de 8 à 11 points de pourcentage, sauf en ce qui concerne la création de contenu, où les écarts entre les générations sont nettement moins marqués. En revanche, les taux d’usage pour les tâches plutôt routinières affichent des écarts générationnels beaucoup moins importants, entre 2,5 et 7 points de pourcentage. Ces résultats restent stables lorsqu’on ajuste les données pour les différences de niveau hiérarchique entre générations.

Graphique en haltère intitulé « Sur les tâches cognitives, les jeunes prennent une longueur d’avance » présentant les taux d’utilisation par type de tâche et par génération. Les tâches sont regroupées en tâches à dominante cognitive et créative et tâches à dominante routinière et administrative.
Graphique en haltère intitulé « Sur les tâches cognitives, les jeunes prennent une longueur d’avance » présentant les taux d’utilisation par type de tâche et par génération. Les tâches sont regroupées en tâches à dominante cognitive et créative et tâches à dominante routinière et administrative.

Les différences d’usage de l’IA selon les générations ont un impact réel sur la perception de ses effets. À mesure que l’IA est intégrée dans la vie professionnelle quotidienne, la frontière entre complémentarité et substitution devient floue, renforçant les craintes de remplacement. Les jeunes générations, qui utilisent l’IA pour un large éventail de tâches, en connaissent bien ses capacités… et redoutent davantage ses conséquences sur l’emploi, et le leur en particulier. Une explication possible : plus on utilise des outils d’IA, plus on mesure ce qu’ils peuvent accomplir, et potentiellement ce qu’ils pourraient remplacer. Cependant, il reste difficile d’établir un lien direct entre le développement de l’IA et l’emploi, même si certaines études suggèrent une corrélation négative, en particulier pour les jeunes entrants sur le marché du travail dont les postes seraient davantage exposés à une substitution potentielle que ceux requérant une expérience professionnelle plus longue.

Graphique en barres intitulé « La génération Z est la plus inquiète face à l’IA »indiquant la part des répondants se déclarant plutôt ou tout à fait d’accord avec les affirmations « L’IA pourrait prendre mon emploi»et « L’IA pourrait remplacer un collègue ». 
Graphique en barres intitulé « La génération Z est la plus inquiète face à l’IA »indiquant la part des répondants se déclarant plutôt ou tout à fait d’accord avec les affirmations « L’IA pourrait prendre mon emploi»et « L’IA pourrait remplacer un collègue ». 

Conclusion

Les statistiques sur l’utilisation de l’IA ne se limitent pas à dresser un état des pratiques actuelles : elles peuvent aussi laisser entrevoir des écarts futurs sur le marché du travail, bien au-delà des simples craintes liées à la destruction d’emplois. Maîtriser ces outils en premier peut offrir un avantage concurrentiel réel, tant en termes de productivité que de trajectoire professionnelle. Pour les jeunes, qui présentent à la fois les taux d’adoption les plus élevés et les craintes les plus fortes, l’enjeu est double : exploiter l’IA comme levier de performance tout en évoluant dans un marché du travail en contraction, marqué par la baisse des offres d’apprentissage et un taux de chômage des moins de 25 ans à 21,5 % au quatrième trimestre 2025. 

Dans ce contexte, la question n’est plus seulement de savoir si l’IA transforme le travail, mais qui en tirera le premier profit.

Méthodologie

Cette analyse s’appuie sur les données recueillies dans le cadre d’une enquête en ligne intitulée « Indeed Workforce Insights Survey » et menée pour le compte d’Indeed Hiring Lab par YouGov dans huit pays : l’Australie, le Canada, la France, l’Allemagne, l’Irlande, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis. Le travail de terrain a été réalisé en mai et juin 2025, avec un total de n = 80 936 entretiens à l’échelle mondiale et un minimum de n = 10 000 entretiens par marché. Cette taille d’échantillon offre une marge d’erreur de ±1 % avec un niveau de confiance de 95 % sur chaque marché. L’analyse se limite aux répondants déclarant être en emploi (salariés à temps plein, à temps partiel, ou indépendants).

L’échantillonnage était aléatoire et représentatif, toutes les réponses ont été pondérées en fonction de l’âge, du sexe, du niveau d’études et de la région sur tous les marchés. 

Les outils d’intelligence artificielle sont définis comme outils qui utilisent l’intelligence artificielle pour faciliter certaines tâches. Il peut s’agir, entre autres, d’assistants virtuels, d’outils de recherche, de chatbots, de systèmes de recommandation ou d’outils qui analysent des données et font des prévisions.