Faits saillants :
- À la fin de 2025, l’emploi salarié dans le secteur officiel des services de garde d’enfants au Canada (à l’exception du Québec) avait augmenté de 48 % par rapport à son niveau de 2021 à la suite de l’annonce par le gouvernement fédéral de son programme national de services de garde d’enfants.
- À l’extérieur du Québec, le secteur représente 1 % de l’emploi salarié total, comparativement à 0,7 % avant les changements apportés à la politique en 2021. Toutefois, cette part demeure inférieure à celle du Québec (1,7 %), où une politique similaire est en place depuis plus de deux décennies, ce qui laisse entendre qu’une croissance supplémentaire de l’emploi est nécessaire pour que le système puisse répondre à la demande.
- Le nombre de postes vacants pour les éducateurs et éducatrices de la petite enfance a plus que doublé au cours de l’année qui a suivi l’annonce de la politique fédérale, mais la majeure partie de cette augmentation s’est depuis inversée. Bien que la rémunération hebdomadaire des employés du secteur soit encore inférieure d’environ un tiers à la moyenne de l’économie, à l’extérieur du Québec, elle a connu une forte croissance annuelle moyenne de 6,7 % entre 2021 et 2025, ce qui a probablement contribué à attirer et à fidéliser les travailleurs.
- Même si le goulot d’étranglement lié au recrutement s’est atténué, les listes d’attente des familles à la recherche de services de garde d’enfants persistent, ce qui souligne la nécessité d’accroître davantage le nombre et la taille des établissements de services de garde d’enfants afin de pallier la pénurie.
Dans son budget de 2021, le gouvernement canadien a présenté son programme pancanadien de services d’apprentissage et de garde des jeunes enfants inspiré par le système québécois mis en place à la fin des années 1990. La mesure phare de cette politique consistait à mettre en œuvre des subventions qui ont considérablement réduit les coûts directs que les familles doivent assumer pour les services de garde. La demande pour des services réglementés de garde d’enfants a rapidement augmenté, mais le nombre de places disponibles n’a pas suivi le rythme, et de nombreuses familles ont signalé des difficultés à accéder à ces services.
La croissance de l’emploi dans le secteur officiel des services de garde d’enfants a réagi rapidement au changement de politique. Selon l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) de Statistique Canada, entre 2021 et la fin de 2025, l’emploi salarié dans le secteur des services de garde d’enfants (à l’extérieur du Québec) a bondi de 48 %, dépassant largement la croissance globale de l’emploi, qui s’élève à 8,7 %. Ces données ne reflètent pas les tendances de l’emploi dans l’ensemble du secteur des services de garde d’enfants (p. ex., elles ne tiennent pas compte de certains prestataires non officiels de services de garde en milieu familial), mais elles soulignent néanmoins un changement remarquable.

Parallèlement, le niveau relativement faible d’emplois officiels dans le secteur des services de garde d’enfants dans la majeure partie du Canada, comparativement au Québec, contribue à expliquer les difficultés persistantes d’accès aux services dans le nouveau système. À l’extérieur du Québec, au cours des trois mois précédant novembre 2025, le secteur employait 1 % de tous les travailleurs, soit une hausse notable par rapport au taux de 0,7 % enregistré quatre ans plus tôt. Au Québec cependant, les services de garde d’enfants représentaient 1,4 % de l’emploi total à la fin de 2021, passant à 1,7 % à la fin de 2025, ce qui reflète probablement les effets du changement apporté à la politique fédérale au Québec. Au rythme de croissance actuel des quatre dernières années, il faudrait plus de six ans au secteur des services de garde d’enfants dans le reste du Canada pour égaler la part d’emploi du Québec en 2021.

Cela dit, l’écart par rapport au point de référence québécois varie d’une province à l’autre. L’emploi dans ce secteur représente déjà une part assez élevée du nombre total d’emplois au Manitoba et au Nouveau-Brunswick. L’Alberta accuse un retard plus important, mais a connu une croissance rapide entre 2021 et 2025. Parallèlement, le secteur est demeuré plus modeste et a connu une croissance plus lente en Ontario, en Colombie-Britannique et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Le nombre de postes vacants dans les services de garde d’enfants reste élevé, mais a diminué à mesure que les salaires ont augmenté
Le nombre de postes vacants pour des éducateurs ou éducatrices et des aides-éducateurs ou aides-éducatrices de la petite enfance à l’extérieur du Québec a plus que doublé au cours de l’année qui a suivi l’annonce du programme national en 2021. Cette hausse des postes vacants a coïncidé avec la levée des restrictions liées à la pandémie et avec une augmentation plus générale de la demande d’embauche dans l’ensemble de l’économie. Et même si les possibilités d’emploi dans la plupart des secteurs économiques ont commencé à faiblir au milieu de l’année 2022, les postes vacants dans les services de garde d’enfants sont demeurés élevés, car le secteur a continué de prendre de l’expansion. Cependant, les postes vacants ont considérablement diminué depuis, annulant plus de la moitié de leur hausse antérieure. Au troisième trimestre de 2025, les offres d’emploi dans le secteur des services de garde d’enfants avaient augmenté de 25 % par rapport à la même période en 2019, soit une hausse plus modeste, mais toujours supérieure à la baisse de 6 % enregistrée pour l’ensemble des postes vacants au cours de la même période.

La diminution du nombre d’emplois disponibles dans le secteur des services de garde d’enfants dans un contexte de forte croissance continue de l’emploi semble indiquer que les employeurs ont plus de facilité à attirer et à fidéliser les travailleurs, probablement en raison des salaires plus élevés dans ce secteur. À l’exception du Québec, la rémunération hebdomadaire moyenne des employés du secteur des services de garde d’enfants a augmenté de 30 % en août 2025 (la date la plus récente pour laquelle des données complètes sont disponibles) par rapport à quatre ans plus tôt (soit une augmentation moyenne de 6,7 % par année), comparativement à une croissance de 15 % pour l’ensemble des employés.

Malgré ces récentes augmentations salariales, le secteur des services de garde d’enfants demeure peu rémunéré. En août 2025, l’employé type dans ce secteur gagnait 31 % de moins par semaine que l’employé moyen dans l’ensemble de l’économie, ce qui reflète à la fois des salaires horaires plus bas et moins d’heures travaillées par semaine. Néanmoins, l’écart s’est réduit par rapport à 2021, alors qu’il était de 38 %, et il est désormais à peu près égal à celui observé au Québec, où les salaires dans ce secteur étaient relativement plus élevés tout au long des années 2010. Ces améliorations laissent penser que les salaires relativement bas dans le secteur constituent probablement un obstacle moins important qu’auparavant pour attirer et fidéliser les travailleurs.
L’attente reste présente
Malgré une forte croissance de l’emploi, les listes d’attente toujours longues soulignent la pénurie persistante au Canada de places en services de garde d’enfants à leur nouveau prix réduit. Le ralentissement des offres d’emploi indique que les problèmes de dotation en personnel sont eux-mêmes devenus moins contraignants dans la prestation des services. Désormais, l’embauche dépendra plutôt de la croissance du nombre et de la taille des établissements de services de garde d’enfants. Cependant, l’importance relative du secteur au Québec par rapport au reste du Canada donne à penser que de nombreuses provinces ont encore du chemin à parcourir. Entre-temps, de nombreux parents qui ne peuvent avoir recours à des services de garde subventionnés dans le secteur officiel devront se tourner vers des prestataires non officiels ou non subventionnés, demander l’aide de leur famille ou réduire leurs propres heures de travail pour s’occuper eux-mêmes de leurs enfants.
Méthodologie
Le présent article s’appuie principalement sur des données non désaisonnalisées de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) de Statistique Canada. Le secteur des services de garde d’enfants fait référence à la classe 62441 du SCIAN : Services de garderie. Les données de l’EERH sont présentées sous forme de moyenne mobile sur trois mois. En raison de l’absence de données provinciales à la fin de 2024, nous utilisons août 2025 comme point de données le plus récent sur les salaires hebdomadaires afin de présenter une série chronologique continue.