Etat de l’économie et du marché du travail en septembre 2018


La poursuite des réformes va structurer l’agenda du quatrième trimestre 2018, alors que les résultats concrets se font toujours attendre.

Alors que le chômage reflue difficilement sur 2018, le dernier trimestre de l’année devrait être consacré à la poursuite des réformes, initiées dès 2017 avec la loi Travail. Il paraît pour l’instant trop tôt pour tirer un bilan définitif de ce premier train de réformes. L’enjeu pour le reste de l’année est donc de mener à bien la réforme de la formation professionnelle et de l’assurance chômage, tout en gardant à l’esprit les échéances européennes de mai 2019.

Le chômage peine à se résorber, en dépit des réformes

Au second trimestre 2018, le chômage a baissé de 0,1 point pour s’établir à 9,1 % d’après l’INSEE, soit 48 000 demandeurs d’emploi en moins. Sur l’année 2018, le chômage stagne donc pour l’instant, puisqu’il se situait déjà à 9 % en début d’année. L’année 2018 sera-t-elle une année perdue ? Le phénomène se vérifie après chaque grande crise : le redressement de l’emploi français est souvent plus long qu’ailleurs. Contrairement aux pays anglo-saxons ou scandinaves, qui ont un marché du travail plus flexible et qui essuient des pertes d’emploi importantes lors des récessions, les “stabilisateurs automatiques” français (c’est-à-dire les prestations sociales et la fiscalité) amortissent dans un premier temps les pertes d’emploi dues à la contraction des marges. Mais la logique se retourne en phase de reprise : le poids des dépenses et prestations publiques devient rigidité et la reprise de l’activité, préalable à la résorption du chômage, plus difficile. La France se classe ainsi au 4ème plus mauvais rang des pays de l’UE les plus touchés par le chômage mi-2018 après la Grèce, l’Espagne et l’Italie. En 2012, elle était plus proche de la moyenne européenne, au 15ème rang.

Le gouvernement avait pourtant engagé des réformes d’envergure dès l’été 2017. L’une d’elle, la loi travail, contenait un volet permettant de favoriser les accords d’entreprise, embryon d’inversion de la hiérarchie des normes en droit du travail. Elle avait pour but principal de flexibiliser le marché, en rendant les licenciement et les embauches plus aisées afin de s’adapter au mieux à la conjoncture. Elle a commencé à produire ses effets :  le recours aux prud’hommes avaient déjà baissé de 15 % et plusieurs centaines d’accord ont été validés par référendum au sein des entreprises. L’un des risques identifié à court terme était toutefois une augmentation des destructions d’emploi dues à cette nouvelle flexibilité, qui a sans doute sa part dans la baisse difficile du chômage sur les six premiers mois de l’année. En complément, une réforme de la formation professionnelle est en cours d’examen au Parlement : le compte personnel de formation devrait être rénové, la gouvernance et le financement du dispositif entièrement revus, le tout dans le but de mieux former les personnes en reconversion.  

Des réformes qui mettront du temps à produire des effets, sur fond de conjoncture dégradée

Mais à l’heure du premier bilan, nombreux sont les observateurs qui affirment que les résultats ne sont pas au rendez-vous, chiffres du chômage à l’appui, quand ce ne sont pas ceux du “pouvoir d’achat”, ce dernier freiné par un regain d’inflation. Même la loi PACTE, qui doit être promulguée prochainement, mettra, de l’aveu même du Trésor, du temps à produire des effets, par ailleurs assez modestes : 0,9 point de PIB à long terme, mais seulement 0,3 point… en 2025.

Tout cela était dans une certaine mesure attendu : les réformes structurelles mettent du temps à produire leurs effets. Les tensions commerciales venues des Etats-Unis, la hausse des prix du pétrole intervenue entre mars et mai ou encore la grève de la SNCF ont néanmoins pesé sur les perspectives de croissance : celle-ci ne s’établirait plus qu’à 1,7% pour l’année 2019 d’après le gouvernement, ce qui met en péril ses plans pour le retour à l’équilibre budgétaire (initialement annoncé à 2022 mais vite repoussé après la fin du quinquennat). Le déficit des finances publiques s’établirait ainsi à 2,3% en 2018. Si les prévisions de croissance venaient à être encore réévaluées à la baisse, c’est la capacité du gouvernement à réformer le pays ainsi que son crédit auprès des institutions européennes qui pourraient être sévèrement atteints.  

Le second semestre sera consacré à la poursuite des réformes et à la consolidation de la crédibilité de la France au sein de la zone euro

L’enjeu principal de cette rentrée sera donc pour le gouvernement de maintenir la cadence des réformes, mais en allant cette fois-ci assez loin pour pouvoir obtenir des résultats rapidement. Sur le plan européen, peu pourra être fait : l’Allemagne se montre circonspecte sur le dossier du budget de la zone euro et la campagne pour les élections européennes de mai devrait limiter les velléités de réformes à l’échelon communautaire. Mais il reste encore de la marge de manoeuvre sur la scène nationale.

Les réformes de l’assurance chômage, des retraites et le plan pauvreté s’inscrivent dans la droite ligne de ce qui a été fait. Reste à savoir si elles seront suffisamment puissantes pour changer les données du problème. La France est d’abord confrontée à la crise de son modèle productif et social. Elle est en retard dans les rares domaines qui permettraient des gains de productivité, et notamment dans le numérique. Les initiatives à la suite du rapport Villani sur de l’intelligence artificielle sont louables, mais l’articulation au niveau européen, le seul réellement pertinent lorsqu’il s’agit de numérique, est incertaine. Le rapport Landau remis récemment sur les crypto monnaies identifie bien les risques, mais peine à dégager des pistes pour saisir les opportunités.

Symptôme de la perte de compétitivité française, le déficit commercial continue de se dégrader, alors que l’excédent allemand devrait s’établir en 2018 à près de 300 Mds€. Le déficit commercial n’est, certes, pas un mal en soi, à condition de pouvoir le financer… ce qui souligne une fois de plus l’importance de la zone euro, qui permet à la France de continuer à s’endetter à des taux bas. De ce point de vue, la politique de la BCE devrait rester accommodante, au moins sur les prochains mois, ce qui devrait aider sur le plan du chômage.

 

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